|
L’hydraulique khmère
Nombre d’inscriptions du Cambodge ancien font référence de
manière concrète à l’eau, au-delà de traditions
généalogiques légendaires et fortement imagées. On ne compte
pas les établissements de digues, de bassins, les opérations
de drainages ou autres dont parlent les épigraphes comme
autant de dispositifs à la fois pratiques et religieux.
L’eau participait pleinement à la vie matérielle et au
domaine spirituel.
A l’exploitation naturelle des rizières en terrasses dans le
nord du pays et au drainage nécessaire à une quelconque mise
en culture dans la zone du delta du Mékong succéda un
premier type d’aménagement raisonné des sols : un système de
digues judicieusement établies qui retenaient les eaux de
ruissellement pour les redistribuer ensuite en fonction de
la pente du terrain. Cette maîtrise embryonnaire des
techniques d’irrigation semble effective dès le 5e siècle.
Il est possible de la mettre en parallèle avec le
développement de l’architecture religieuse en matériaux
durables ainsi qu’avec la mise en place d’un urbanisme
simple, témoins de la puissance accrue de divers royaumes
pré-angkoriens.
La période des « baray »
L’étape suivante, celle de la pleine maîtrise des techniques
hydrauliques et de l’irrigation à grande échelle, voit
l’aménagement des baray, alimentés par des aqueducs près de
la plupart des grands centres (Beng Meala,
Bantay Chmar,
Angkor,…). Il ne s’agit pas de bassins à proprement parler
mais de vastes quadrilatères de digues puissantes pouvant
atteindre des dimensions considérables. Le réseau
hydraulique angkorien, outre les baray dont le remplissage
était assuré par les eaux de pluie et surtout par certains
cours d’eau qui pouvaient être détournés pour l’occasion,
était composé de nombreux canaux permettant d’assurer la
distribution de l’eau dans les rizières mais aussi
d’alimenter les douves entourant les sanctuaires.
L’établissement d’un baray, au centre duquel était toujours
érigé un temple, s’inscrivait autant dans la vie économique
que dans la vie religieuse, à tel point qu’il a été suggéré
que ces retenues d’eau n’étaient symboliquement tenues pour
efficaces que parce qu’elles étaient liées au domaine sacré.
|